Pierre Célestin Kabala Mwana Mbuyi : ‘‘Le malheur de Patrice Carteron, c’est l’embarras de choix’’


La contreperformance de TP Mazembe en Coupe de la CAF face à CS Sfaxien continue à susciter des commentaires dans les milieux des amoureux du ballon rond de la RDC, malgré sa bonne prestation contre FC MK en match de la Division I.  La dernière en date, c’est le point de vue émis par Pierre-Célestin Kabala Mwana Mbuyi, président de l’Association des journalistes sportifs du Congo (AJSC), au cours d’une interview avec le votre rédaction.   Kabala Mwana Mbuyi a évoqué également le déroulement du championnat de la Division I.

Irisfootball.com : Le sacre raté des Corbeaux du TP Mazembe face au SC Sfaxien en finale de la Coupe de Confédération africaine de football es t arrivé comme un coup de massue dans l’opinion. Etait-ce une surprise pour vous en tant qu’analyste du football ?

Pierre Célestin Kabala Mwana Mbuyi : Quelque peu oui. Mais c’était envisageable. Je l’avais prédit lors d’un entretien dans une chaine périphérique. J’avais indiqué que Mazembe risquait d’éprouver de grosses difficultés en fin de rencontre, j’avais fait une analyse qui s’est avérée malheureusement pour nous. J’avais observé depuis le début de la saison que Mazembe montrait ses limites vers la fin de ses rencontres. Si vous observez tous les matches disputés par Mazembe, même quand il menait, il y avait relâchement et qu’on arrivait à lui marquer un but ou des buts. C’était ça l’enjeu parce qu’en lisant le parcours de Sfaxien, j’ai analysé comment il gérait les choses et jusqu’à la fin, il avait le 3ème souffle. Cette situation est due à l’instabilité au sein du Tout Puissant Engelberg. L’instabilité des effectifs et au manque de hautes compétitions dans le chef de Mazembe. D’abord l’instabilité au niveau du staff technique. Vous vous rappeler que d’abord Mazembe a eu les Mukeba, Santos qui avait monté l’équipe avec les Trésor Mputu, Patou Kabangu etc. C’était une équipe devenue très homogène au moment où Diego Garzito l’avait prise en main. Garzito étant parti, Lamine Ndiaye est arrivé. Curieusement on a opté pour l’importation des joueurs. Cette importation a amené une autre conception, un autre style de jeu surtout avec des joueurs venant de toute part. Et ce système s’est renforcé et ça a coïncidé avec l’élimination de Mazembe en Ligue des champions de la CAF. Regardez ce qui est arrivé, on avait une brochette d’athlètes de talent, mais on avait jamais eu le temps de monter une équipe avec un esprit de corps et en fusionnant tout ce qu’il y avait comme talent. Et ce que je constate dans ce recrutement avec cette légion des joueurs étrangers, on a beaucoup misé sur les attaquants. Mais quel genre d’attaquants fallait-il prendre ?  Je crois que le Congo regorge des attaquants capables de se défendre et défendre notre football. Sans vouloir les chercher et les former, on va puiser ailleurs. En faisant cela, on a oublié la ligne défensive et le milieu de terrain. Regardez comment le milieu de terrain de Mazembe a été affaibli. Il n’avait plus de barrage pour faire obstruction aux actions offensives des Tunisiens. Vous êtes en face d’une équipe qui attaque et qui a des éléments assez sûrs. C’est à la fin que vous avez vu la supériorité numérique de SC Sfaxien et une infériorité numérique de la défense de Mazembe.

Les analystes  parlent de cassure dans les compartiments de jeu. Selon votre lecture de cette  rencontre, lequel des compartiments a réellement failli?

Le compartiment qui n’a pas fonctionné, c’est le milieu de terrain. Ce maillon affaibli, moi je l’ai bien constaté que c’est le milieu de terrain. Donc, il n’y a plus ce qu’il y avait dans le temps dans Mazembe où tout le monde attaquait et tout le monde défendait. Ce qui est arrivé en match allé  est de même arrivé lors de la finale retour. Un autre comportement qui a trahi Mazembe, c’est également sa ligne défensive qui a encaissé dans les mêmes circonstances en manche allée comme en manche retour. C’est malheureux, mais cela doit nous donner des leçons pour améliorer dans les échéances futures. Voilà ce que je peux dire. Inattendu, non, mais prévisible plus au moins.

Mazembe recourt de plus en  plus à l’expertise des expatriés négligeant ainsi les nationaux. Quel commentaire faites-vous sur ce fait précis?

Je dis que c’était une bonne politique, s’il faut l’appeler une politique, parce que là, on ne crée plus, on ne travaille plus, on ne forme plus. Chercher les meilleurs d’ailleurs, c’est comme l’arbre qui cache la forêt. Vous allez chercher des enfants, lesquels sont plus intelligents et les mieux ailleurs. Là, c’est une façon d’aggraver la faiblesse de vos enfants. TP Mazembe possède une pépinière des joueurs. Il me souvient de notre époque que Mazembe avait une équipe engagée en campagne africaine, une autre au championnat national, tandis la troisième au championnat local de l’EUFLU. Pourquoi ne pas revenir à ce système, consistant à puiser dans la pépinière. Ce n’est pas interdit de recourir à l’étranger, mais il faut le faire à titre exceptionnel. Lorsque nous constatons que nous ne disposons pas d’un élément quelconque dans notre pays, c’est en ce moment qu’on peut aller voir ailleurs. On va recourir à ceux qui sont formés par les autres, et on néglige nos propres enfants. Et là, on cache la maladie et la faiblesse de nos enfants, on veut retarder le développement de notre football. Cette réflexion devait être mise au niveau de la haute direction nationale. Les autres pays l’ont fait et ont pu limiter le nombre d’expatriés dans des clubs. C’est l’une des solutions au développement de notre football. Quand on cherchera à constituer l’équipe nationale, on n’aura pas des joueurs compétitifs. En ce moment, on va former l’équipe nationale de différents horizons. C’est l’arbre qui cache la forêt.

Des commentateurs disent de Patrice Carteron qu’il accuse certaines limites. Que vous en semble ?

Souvent, on accuse et condamne les entraineurs après le match. Le malheur de Patrice Carteron, c’est l’embarras de choix.  Il dispose des joueurs talentueux, mais il n’a pas mis suffisamment de temps pour les connaître. Au moment où il veut préparer l’équipe, c’est le départ des contingents étrangers pour leurs équipes nationales respectives. Puis, c’est à la veille qu’on va les prendre pour aller au Ghana juste pour un petit temps. Ceux qui avaient mis le temps pour préparer les locaux, on les laisse au détriment des autres. La stratégie pour chaque entraîneur est fonction des éléments dont il dispose. Lorsque Ben Youssef a fait son apparition sur l’aire de jeu, il a fallu trouver un élément pour le contenir. C’est que Carteron n’a pu faire. Dès son entrée, Ben Youssef avait déjà compris que Joël Kimwaki trépignait, il a su profiter de l’insuffisance de ce défenseur pour marquer le but assassin.

On joue déjà la dernière journée de la manche aller au niveau du championnat de la Division I. Comment jugez-vous l’organisation de ce championnat d’élite de la RDC à ce stade de la compétition ?

Le niveau de ce championnat est relativement bon. Il faut féliciter le staff dirigeant du comité de gestion de la LINAFOOT. J’ai constaté que le comité Kayoyo a le souci de soigner cette discipline. Les dirigeants de la LINAFOOT sont regardants de tous les actes qui énervent les règlements généraux et sportifs. Jusque-là, il n’y a pas de complaisance, mais, il y a déjà des accrocs avec le report de certaines rencontres ainsi que des difficultés éprouvées par certains clubs. Mais, il faut marquer au feu rouge la violence qui semble toquer à la porte. J’ai salué la réaction de l’actuel comité face à la corruption décelée dans le chef des arbitres. Quant au niveau technique, il est encore à améliorer. Dans tous les championnats, il existe toujours des équipes faibles et des équipes fortes.


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