Luc Mangala : ‘‘On peut avoir des différends, mais on ne peut jamais souhaiter le malheur à l’équipe nationale’’


Après la tenue des élections au niveau de la Fédération congolaise de football association (FECOFA), soldée par la reconduction de Constant Omari, la rédaction d’Irisfootball.com a approché Luc Mangala, un agent de joueurs de renommé international. Loin de la RDC, ce fils du pays suit de près l’évolution du sport roi de la RDC. Au cours de centre vue, Mangala a fait sa lecture en ce qui concerne la gestion de la FECOFA et l’état actuel du ballon rond congolais.

 

Irisfootball.com : Le 25 mai dernier, la FECOFA a été en assemblée générale extraordinaire et élective pour la mise en place d’un nouveau staff dirigeant. Pensez-vous que Constant Omari mérite un nouveau mandat, alors que le football congolais se trouve toujours en difficultés ?

Luc Mangala : les difficultés du football congolais sont complexes, cela ne concerne pas uniquement le comité exécutif de la FECOFA. Je crois que pour préparer une équipe, il va falloir avoir les moyens financiers, cela doit provenir du  gouvernement et non de la FECOFA. Aujourd’hui le problème du football congolais, c’est tout simplement le problème des finances et l’organe technique du football congolais n’a pas assez des moyens pour prétendre avoir une équipe crédible et digne d’un grand pays de football. Vous savez qu’à un certain moment je me suis retrouvé en l’équipe nationale (Ndlr : à l’époque de coach Patrice Neveu), l’argent sortait tout le temps en retard. C’était inconcevable qu’à quelques heures du match que l’argent ne soit pas à la disposition de l’équipe nationale. Dans cet état d’esprit, on ne peut être mesure de faire grand-chose.

Lors de la phase finale de la CAN en Afrique du Sud, le gouvernement  avait disponibilisé des moyens nécessaires pour une bonne participation, mais le résultat n’a pas été fameux ?

Justement, le gouvernement avait mis à la disposition de l’équipe nationale des moyens, mais à quel moment ? C’était à la fin de la phase préparatoire. Ce n’est pas du tout correct que l’aspect financier soit régularisé à deux jours de la compétition, alors que pendant la préparation l’équipe avait besoin des moyens financiers. On n’improvise pas pour avoir de bons résultats dans une compétition de grande envergure. Moi, je pense que l’argent doit sortir à temps pour éviter toute surprise désagréable. Ce n’est pas à deux jours de la CAN, parce que vous amenez l’argent et vous imposer de bons résultats à la fin de la compétition. Si les moyens ne sont pas à temps, il sera difficile d’avoir une bonne équipe nationale. Tant que le gouvernement ne mettra pas des moyens, qu’on arrête de condamner chaque fois la FECOFA.

C’est sur fond de protestation des anciens pratiquants de football congolais que ce sont déroulées les élections à la FECOFA. Selon vous comment mettre fin à cette crise qui secoue présentement le football congolais ?

Moi, je dirais les anciens pratiquants de football, c’est bien qu’on les appelle ainsi. Et, si on demande à ces anciens pratiquants de contribuer financièrement pour aider l’équipe nationale, ils ne vont pas le faire. Aujourd’hui, vous souhaitez le départ de Constant Omari, ce ne sera pas facile pour son remplaçant. On pensait qu’après le départ de Mobutu, les choses allaient être faciles. Or, ce n’est pas le cas. Moi, j’estime que le gouvernement doit être beaucoup plus rationnel pour permettre à l’équipe nationale de faire de bons résultats aux différentes compétions auxquelles elle prend part. Ce n’est pas intéressant qu’un pays qui regorge plein de talents de connaître ce genre de situation. Qu’au début de chaque année que le gouvernement  budgétise le fond pour les Léopards. Il faut arrêter de tourner à ce faux problème, le grand problème, c’est l’aspect pécuniaire.  En aucun moment, nous avons appris que le gouvernement à mis des moyens pour l’encadrement et la formation de la jeunesse en matière de football.

Quelles sont les chances que vous accordez aux Léopards après le faux pas réalisé au stade des Martyrs face aux Chevaliers de la Méditerranée, dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde 2014 ?

Aujourd’hui, je pense que le problème de l’équipe nationale, c’est la stabilité qui n’est pas au rendez-vous. Par exemple, les jeunes qui ont fait la dernière CAN U-20 organisée en Algérie, on devait les garder parce qu’il est prévu dans 3 ans les Jeux Olympiques et d’autres échéances. Il était important qu’on garde le groupe. Quelque part, il y a manque d’organisation au sein de l’équipe nationale. Personnellement, je ne connais cette équipe, mais on retrouve en son sein des meilleurs joueurs tels que Youssouf Mulumbu, Cédric Mongongu, et là je vois même qu’on vient de sélectionner l’un de mes joueurs, à savoir Eric Tshimanga. J’espère qu’on va faire un bon résultat à Tripoli après le match nul concédé au stade des Martyrs. Le pays est en train de traverser des moments difficiles, si on peut essayer d’oublier tous ces soucis à travers le football, ce sera une bonne chose.

Seront-ils en mesure de franchir cette étape ?

On peut souhaiter que les Léopards franchissent cette étape. Vous savez dans un pays, on peut avoir des différends, mais on ne peut jamais souhaiter de mauvaises choses à la sélection nationale. Je pense que tout va bien se passer pour le Onze national d’autant plus qu’une équipe nationale représente d’office le pays, elle joue pour l’honneur du drapeau.

Comment jugez-vous le déroulement du championnat d’élite de la RDC en d’autres termes la LINAFOOT?

La LINAFOOT est un championnat à encourager. C’est une bonne chose de voir toutes les provinces soient représentées à ce championnat. C’est un bel exemple à louer. Si toutes les équipes avaient un investissement financier comme le fait Moïse Katumbi avec TP Mazembe ou encore Tango Four qui essaye de le faire avec AS V Club, on aurait eu un championnat très fort. Comme je l’ai dit au début que c’est question seulement des moyens pour avoir un grand championnat en RDC. Je souhaite que notre pays ait un championnat très fort.

Vous êtes un agent de joueurs de renommé, qu’est-ce qui serait à la base du mauvais rendement en Europe des joueurs congolais provenant fraichement du pays ?

Si les joueurs congolais éprouvent des difficultés aux différents championnats européens, c’est tout simplement un problème de formation. Aujourd’hui, il y a tout de même des exceptions notamment Dieumerci Mbokani et autres Yves Angani. Ces deux congolais sortent du lot. Techniquement, le joueur congolais est irréprochable dans la mesure où il a un don naturel, mais tactiquement, cela fait défaut. A cela s’ajoute le problème de discipline et d’encadrement. Je peux dire aussi qu’il y a le problème d’âge. Un jeune qui quitte le pays à l’âge de 18 ans, est en mesure de s’en sortir, parce qu’on doit retravailler certaines choses, ce n’est pas le cas un jeune de 23 ou 25 ans.

Le mot de la fin ?

Je suis très content le fait que vous ayez pensé à ma modeste personne pour parler une fois de plus sur le football congolais. Qu’on essaie de travailler dans un climat plus sain. Qu’on essaie d’apporter des moyens à l’équipe nationale et la FECOFA pour permettre au football congolais d’aller de l’avant. Il va falloir que la presse aussi fournisse des efforts pour l’avancement de notre sport roi. Je remercie également votre site ou organe de presse, très consulté ici en Europe. Que tout aille bien !


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