Max Mokey : ‘‘Il ne faut pas être à l’intérieur pour dire que je suis le seul à prendre des décisions ’’


Le fiasco des équipes de Kinshasa en compétitions africaines de la CAF continue à défrayer la chronique dans les milieux sportifs de la capitale. Mauvaise organisation, mauvais management des dirigeants, les critiques ne cessent de pleuvoir de toute part. Max Mokey, dirigeant sportif et président de MK Etanchéité, a émis son point de vue sur la prestation des clubs congolais. Il est également revenue sur l’Amical des dirigeants des clubs.

Irisfootball.com : L’aventure du DCMP s’est arrêtée au niveau des 16èmes de finale de la Coupe de la CAF face à Lydia Ludic du Burundi. Une semaine auparavant, c’est l’AS V Club qui est tombée en Ligue des champions face à Zamalek. Selon vous, qu’est-ce qui explique cette contreperformance des clubs kinois en campagne africaine?

Max Mokey : Je crois que nous avons vécu des moments difficiles, – je remonte de l’élimination de Don Bosco-, les trois équipes font parties des nos représentants aux différentes compétions africaines inter club. Aujourd’hui, vous pouvez remontez un plus loin pour savoir quelle est la durée de notre championnat. Nous ignorons presque quand commence notre championnat et quand il se termine.  Sur les textes légaux qui régissent le football en République Démocratique du Congo, le championnat commence 1er novembre et prend fin le 31 août. Cela veut dire que  dans ce laps de temps, ca permet aux équipes de pouvoir se préparer pour prendre part à une compétition africaine ou une compétition continentale. Aujourd’hui nos représentants ou nos quatre clubs ont commencé le championnat, certains n’avaient qu’un match joué, d’autres deux. Ce calendrier fixé par l’Etat Congolais n’a jamais été respecté par lui, l’Etat, parce que nous avons déjà vu le ministre des Sports en train de donner une dérogation en dehors de la période requise. Et les répercussions s’abattent sur le championnat, même au niveau de la Division I, qui serait une Division semi-professionnelle en pleine construction, lequel championnat n’a jamais commencé. En conséquence, nos clubs entrent en compétition africaines sans compétition en jambes. Cela veut dire sans championnat local qui le régit pour les aider à arriver à entrer en compétition africaine. Voilà le nœud du problème. Donc cette contreperformance s’explique par les gens qui dirigent, qui ne savent qu’une équipe, avant de jouer une compétition africaine, doit au minimum possible avoir livré ne fut-ce que dix matches ou au maximum quinze matches pour qu’on dise qu’en ce moment-là, on a fait des réglages sur le plan du championnat local. Sans cela, vous n’allez pas quelque soit la magie, encore qu’aujourd’hui, on croit que le football c’est la magie, arriver à avoir à faire des résultats escomptés. C’est le résultat de ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui.

Mais,  comment est-ce que Mazembe sort un peu du lot et arrive à faire exception?

Le cas de Mazembe, je le dis et je continue toujours à le dire que c’est un cas exceptionnel. Lorsque vous regardez aujourd’hui, vous constaterez que 50 ou 60 % des joueurs qui forment l’ossature de Mazembe sont des joueurs étrangers. Et tous jouent. Je dis bien qu’ils jouent, s’ils sont retenus, dans les sélections nationales de leur pays. Malgré ce manque de compétition, mais Mazembe s’organise à sortir du pays pour jouer des matches amicaux avec des grands clubs étrangers. Cette habitude de jouer avec  les mêmes joueurs pendant plus au moins cinq ans débouche sur une bonne cohésion. Ce n’est pas le cas avec les autres clubs où chaque année on enregistre des improvisations, où un avant-centre jamais vu dans un championnat occupe la position de pointe du club ou un ailier défensif. On fait des assemblages pour dire qu’il y a un nouvel entraineur qui vient pour faire le recrutement, venu de tel ou tel autre club. Voilà des improvisations… Et pourtant la cohésion, c’est le travail d’ensemble qui fait qu’aujourd’hui nous avons quand même Mazembe qui tient encore le coup mais je ne dis pas qu’il ne sera pas essoufflé un jour.

Que répondrez-vous aux amateurs de football qui estiment que les deux grands clubs de la capitale manquent d’une vraie politique ?

Mais cette question n’est plus à démonter aujourd’hui. Je crois que ce qui arrive aujourd’hui, c’est le résultat de tous cela. Je vous ai montré une chose sur le plan technique. Voici un exemple simple. Depuis deux ans, V Club a changé presque 14 entraineurs. Qu’est-ce que vous pouvez attendre de tels entraineurs. Quel est l’équilibre que cela apporte à l’équipe sur le plan technique? Ça veut dire que ce déficit d’organisation technique est préjudiciable. Que voulez-vous qu’un club comme DCMP donne comme résultat, un club qui a des problèmes à chaque saison, qui a un nouveau comité qui n’arrive même pas à la fin de son mandat parce que les intérêts égoïstes priment sur les intérêts collectifs du club. Il y en a plein d’autres, mais je ne vous ai donné que ces deux exemples, des exemples qui font voir que la réussite dans le football, c’est l’organisation. Si vous vous organisez correctement, vous mettez en place des institutions, des hommes, une méthode, une bonne gestion parce que les clubs aujourd’hui partout au monde sont devenus des entreprises et non les affaires des individus avec des présidents-fondateurs, des comités des sages, etc., ça n’existe plus. Tant que ces deux grands clubs vont patauger sur ce terrain, le résultat sera toujours le même.

Quelle est la santé actuelle de MK Etanchéité, votre chère équipe au niveau du championnat local provincial ?

Pour ce qui est de MK Etanchéité, je n’ai jamais compris si nous étions en division inférieure ou en division d’honneur ou en troisième division. Nous ignorons si c’est un championnat ou un simple encadrement des jeunes. Ce qui m’intéresse pour le moment, c’est d’encadrer correctement les enfants que j’ai. Mais pour chercher à savoir si nous sommes premiers, deuxièmes ou troisièmes, ce n’est pas ce qui m’intéresse. Mais ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir encadrer cette jeunesse. C’est pourquoi nous faisons des efforts considérables pour demain, ces enfants-là puissent arriver à gagner leur propre vie, à Kinshasa ou à l’extérieur, c’est sur ça que je travaille énormément. Ensuite, nous les encadrons pour l’intérêt du pays, pour revenir pour servir l’équipe nationale. Voilà donc les ambitions dont nous nous nourrissons toujours dans MK Etanchéité.

Comment jugez-vous actuellement le niveau technique du championnat de l’EPFKIN ainsi que de son engouement pendant que DCMP et V Club ne participent plus il y a déjà deux saisons ?

Sur le plan technique, vous devez reconnaitre que l’entente provinciale de football de Kinshasa a toujours donné des meilleures équipes qui livrent une compétition de haute facture dans toute la République. Quand  par exemple Shark XI joue contre Rangers, c’est une rencontre où il y a des étincelles. RCK-Nzakimuena, c’est des matches de haut niveau. Mais la seule différence que je peux relever, c’est que les fans qui venaient voir V Club jouer contre MK Etanchéité, un match qui se soldait par le score de zéro but partout, et durant lequel V Club jouait, ne soient pas déçus. Mais on voit qu’aujourd’hui, ce qui se passe sur le plan technique, on ne nous présente plus un football de qualité du niveau qu’on voulait nous faire croire, celui des équipes semi-professionnelles. En tout cas sur le plan technique au niveau de l’EPFKIN, je dois vous le dire qu’il y a sept ou huit clubs qui présentent du bon football avec de bons éléments. Les dirigeants de ces  clubs fournissent des efforts de mettre un peu de moyens afin de dénicher les jeunes à mettre ensemble. Et il y aura toujours les soi-disant grands clubs venir embrouiller ces enfants, leur promettre l’Eldorado dans V. Club, dans DCMP. Mais pour le moment nous ne regrettons pas le niveau technique des clubs de l’EPFKIN.

Où en êtes-vous avec l’amical des dirigeants sportifs que vous venez de créer pour assurer l’organisation, l’encadrement des jeunes footballeurs d’aujourd’hui, lesquels sont appelés à constituer l’élite du football de demain ?

Je dirai que nous continuons à y travailler. Nous avons notre statut notarié et juridiquement nous sommes reconnus par l’Etat congolais. Très bientôt, la Fédération congolaise de football association pourra procéder à l’agrément après le Secrétariat général. Nous pouvons nous féliciter que pour la première fois dans l’histoire du football en RDC, il y a des dirigeants qui se sont mis ensemble pour prendre des décisions qu’il faut, se conformant à la loi.

Concrètement que vise votre amical en terme clair ?

Aujourd’hui même au niveau de la FIFA, ce sont d’abord les clubs et quand je dis clubs, c’est d’abord des dirigeants et ces dirigeants ont dans leur sein des enfants appelés à être encadrer et représenter par les dirigeants. C’est le corps de base du football de chaque pays, de chaque institution. Pour que nous puissions arriver à avoir des ligues, des ententes, des fédérations, il faut une organisation des dirigeants. C’est eux la fondation. C’est comme ça que nous nous sommes décidés durant plusieurs réunions de mettre en place notre organisation. Pour preuve, ont adhéré, 80 % des dirigeants des clubs de l’EPFKIN, des fonctionnaires de l’Etat, des hommes d’affaires, des professeurs, toute les couches de la population. C’est comme ca que nous nous sommes dits qu’il y ait une base juridique pour des décisions qui vont être prises.

Le centre Kurara Mpova vient de bénéficier d’un gazon synthétique. Pensez vous que cette nouvelle implantation aura un impact sur le développement du football congolais ?

Je crois que ces installations ont fait huit ans qu’elles existent. Je crois que dans le programme de la FIFA dénommé projet ‘’ Gold ‘’. C’est dans ce contexte que la FIFA avait financé l’Etat Congolais notamment le Rwanda, le Congo d’en face. Les gens peuvent se réveiller huit ans après pour se rendre compte qu’est-ce qu’on a fait hier, qu’est-ce qu’on a fait aujourd’hui et qu’est-ce qu’on fera demain. Ils gens viennent en tout honnêteté d’urgence de chercher à réfectionner. Et quand je dis réfectionner, j’ai vu personnellement des travaux en train d’être effectués. Je me suis dit que s’ils se sont rendus compte qu’on doit le mettre en pratique, c’est une bonne chose. Mais, je me dis qu’on définisse au moins ce que c’est le gazon synthétique. Prenez ne fut-ce l’exemple de votre de gazon synthétique. Quand on parle de centre de formation, prenons l’âge de ces enfants. Ce sont les enfants dont l’âge varie entre 13 à 17 ans. Et vous commencez déjà à mettre les enfants sur le gazon synthétique. Moi personnellement entant que dirigeant sportif, ça me ferai de la peine que ces enfants qui vont commencer à taper le ballon. J’avais préféré qu’on ait du gazon naturel. J’ai suivi un des membres de la FECOFA en train de vanter le gazon synthétique au dépourvu du gazon, naturel. Le gazon synthétique, on en a déjà des problèmes avec le gazon synthétique du stade des Martyrs. Un enfant peut jouer un match à 13 heures si la température est de 35 degré. Ce gazon est composé des produits chimiques, des goudrons. Et ces goudrons dégagent de la chaleur énorme. Quand la température est de 35 degré, au lieu qu’il absorbe la chaleur, il dégage la chaleur. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le règlement- de la FIFA qui demande que l’on ne joue jamais en altitude. Cela veut dire qu’on ne peut jamais jouer au delà de 35 degré.

Votre mot de la fin

Le seul souhait que nous avons est que tout marche bien. Que notre sport aille de l’avant. Nous sommes en train de voir que notre sport connait des problèmes en problèmes. Mais pour résoudre tous ces problèmes, il faut que tous les congolais se mettent ensemble pour trouver des issues parce qu’il ne faut pas être en dehors pour dire que cette affaire ne me concerne pas. Il ne faut pas être à l’intérieur pour dire que je suis le seul à prendre des décisions. Ceci est mon souhait comme individu et c’est mon souhait comme dirigeant sportif.


Copyright © Tous droits réservés. | Site réalisé par G&G SARL.